Compte-rendu : la filière musicale au service de la diversité culturelle

Publié le par lezarder

lundi, 8 octobre 2007

 

Le colloque Musique & Diversité organisé par le Bureau Export le 4 septembre a été l’occasion d’aborder de nombreux sujets et problématiques liés à la diversité dans le paysage musical, notamment sur la partie discographique. En voici le compte-rendu.

La Convention de l’Unesco sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, adoptée en octobre 2005 et entrée en vigueur le 18 mars 2007 a été le fil conducteur de la journée.



Présentation

Dans son discours d’ouverture, Benoit Paumier, délégué DDAI/DAEI au ministère de la Culture, qui représentait Christine Albanel, a salué cette initiative. « Elle rejoint notre ferme volonté de mettre en œuvre concrètement la Convention Unesco sur la promotion de la diversité des expressions culturelles » a-t-il déclaré, en soulignant l’importance qu’a eu la mobilisation des organisations de la société civile, qui a joué un rôle essentiel, et en particulier l’action de la Coalition pour la diversité culturelle.

Stéphane Bourdoiseau, PDG de Wagram, a évoqué les incertitudes du modèle de production traditionnel, mis à mal par l’arrivée du numérique, l’absence de visibilité des structures indépendantes, la difficulté à produire et développer des artistes aujourd’hui et à trouver les financements nécessaires. Il souligne aussi une autre problématique : la capacité des petites productions locales à exister, estimant que le numérique a un effet évident sur la concentration de l’offre. En l’absence de repères stables, Stéphane Bourdoiseau en appelle à l’intervention des pouvoirs publics pour qu’ils régulent les différentes étapes de la mutation de l’industrie musicale et permettent, par un soutien approprié, aux entreprises de la musique de passer ce cap.

Hervé Rony, directeur général du Snep, a souligné la multiplication des moyens, réels ou potentiels, de diffuser la musique, et la multitude d’initiatives de toutes sortes qui en découlent (comme l’offre récemment lancée par Neuf Cegetel), mais là aussi avec des incertitudes. Comment valoriser un contenu en compétition avec un modèle gratuit ? « Nous sommes aujourd’hui dans une phase de tests, avec un contexte de concurrence faussée par l’offre illicite, qui complique toute tentative de mettre en place l’offre légale », explique le directeur du Snep. « On ne peut pas rester dans cette situation politique où prévaut un sentiment d’impunité généralisé et une désinvolture par rapport aux pratiques de peer-to-peer. C’est inacceptable. Il faut que l’Etat en prenne conscience ».

Par ailleurs, l’intérêt que manifestent de plus en plus les opérateurs télécoms sur la musique est aussi source d’inquiétudes. « On ne viendra pas sur la production de contenus, ce n’est pas notre métier. Mais nous serons diffuseur/distributeur » précise Jean-Marc Tassetto, directeur général de SFR. L’opérateur est lui aussi en « phase de test et d’apprentissage ». Quant au modèle de rémunération de la filière sur les abonnements, les producteurs indépendants estiment que le pourcentage ne peut pas rémunérer l’ensemble des ayants droit. Pour Stéphane Bourdoiseau, les acteurs de la musique doivent réviser leur mode d’exploitation, passer d’une activité mono-revenus à un modèle multi-revenus, et pratiquer l’intégration verticale en ayant recours à des contrats à 360° (appelés contrats 360) englobant tous les revenus autour de l’artiste : musique enregistrée, scène, édition, numérique, merchandising…

Pour Patrick Zelnik, président de Naïve et d’Impala, la convention Unesco est une occasion historique : « elle implique de placer la culture au-dessus de l’économie ». Selon lui, il faut réguler la concentration tout en équilibrant le marché entre majors et indépendants pour garantir la diversité des répertoires et l’accès au marché. Il met en avant l’approche d’Impala, centrée sur le développement des PME culturelles. « Nous avons demandé à la Commission européenne et au gouvernement de créer un environnement favorable aux entreprises culturelles, au niveau des relations avec les banques, du droit du travail, etc. Rien n’empêche d’encourager un tissu de petites entreprises. L’artisanat culturel est une solution à la crise et apporte la diversité, il faut mettre en œuvre de petits projets. »

L’action du Bureau Export de la Musique Française a été soulignée au cours des débats. Pour Laurent Bizot, directeur du label No Format ! et manager de Salif Keita, l’export est vital. « Compte tenu de notre catalogue, on va naturellement aller s’adresser aux petites niches dans tous les territoires. On n’a pas le choix. Si on devait se limiter à la France, l’économie serait insuffisante. » Il met en avant l’aide du Bureau Export dans la carrière de Salif Keita. « C’est grâce à cela qu’il peut présenter sa culture partout. » L’export de la musique française permet à la France de participer à cette diversité culturelle mais la filière a besoin d’aide publique afin que notre pays puisse conserver un rôle actif en la matière.

L’importance des échanges, en termes économiques et artistiques, de même que le partage d’expérience et de savoir-faire dans le domaine de la promotion des musiques a également été abordés. Pour Frédéric Bouilleux, directeur du département Langue française, diversité culturelle et linguistique à l’Organisation internationale de la Francophonie, « on ne peut plus se contenter de la subvention. Il faut organiser un rapport plus constructif entre les secteurs public et privé. ». Il est important que les pouvoirs publics puissent soutenir la filière tout comme il est fondamental que, grâce à d’autres entreprises, l’industrie musicale puisse participer à la diversité culturelle.

Odile Quintin, directrice générale Education Culture à la Commission européenne, confirme ce point de vue en soulignant la vitalité de l’industrie musicale française. La Commission a adopté le 10 mai dernier une « Communication sur un agenda européen de la culture à l’ère de la mondialisation ». Cette initiative est une sorte de manifeste politique sur le rôle de la culture et la volonté de bâtir une coopération plus soutenue, avec un budget proposé de 30 millions d’euros de coopération culturelle. « Le secteur culturel représente 2,5 % du PIB en Europe. Vecteur privilégié de la diversité, la musique peut montrer la voie, devenir une sorte de laboratoire et un chantier prioritaire » estime Odile Quintin, qui annonce la création fin septembre d’un forum culturel européen, « en vue de consulter les parties prenantes » dont la première édition aura lieu à Lisbonne du 26 au 28 septembre prochains.

Retrouvez la version courte du compte-rendu ici

La version longue du compte-rendu

La vidéo « Musique & Diversité – Paroles d’artistes » (Ayo, Bob Sinclar, Jean-Michel Jarre, Laurent Voulzy, Philippe Cohen-Solal…)

 

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Publié dans ACTU-NEWS-CONCERTS

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