La creation artiste en banlieue: le theatre de gennevilliers
Un article du journal « le monde » sur le théâtre de Gennevilliers, en particulier et la création artistique, culturelle en banlieue.
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A Gennevilliers, un parcours de haute exigence
LE MONDE | 09.01.06 | 13h34
Du 7 janvier au 4 février se joue au Théâtre de Gennevilliers Don, mécènes et adorateurs, d'Alexandre Ostrovski, un contemporain de Tchekhov que Bernard Sobel aura largement contribué à faire connaître, comme tant d'autres. Avec ce spectacle, Sobel (70 ans) signe sa dernière mise en scène en tant que directeur du Centre dramatique national de Gennevilliers.
Les tutelles ont en effet décidé de ne pas renouveler son mandat, qui arrivera à échéance fin décembre 2006. Ainsi s'achève une histoire unique et exemplaire. Unique, parce que Bernard Sobel sera resté quarante-trois ans à Gennevilliers — un record absolu de longévité. Exemplaire parce qu'il n'a jamais dévié de sa ligne, en offrant au public une programmation de très haute exigence.
Il a commencé par fonder L'Ensemble théâtral de Gennevilliers (ETG), une troupe à laquelle il a tenu à donner un statut amateur : "Je rêvais d'une troupe constamment renouvelable, qui n'aurait aucune prétention professionnelle et pourrait contribuer à la naissance d'une autre forme de théâtre", dit-il.
Dès ses débuts, l'ETG présente ses spectacles aux Grésillons, une salle des fêtes édifiée en 1934. Les premiers sont, en 1964, Tanker Nebraska, de Herb Tank, et Antigone, de Brecht, qui ne cessera d'accompagner Sobel. Au fil des années, l'ETG s'impose comme un "laboratoire". La nécessité économique lui impose de se professionnaliser, mais il lui faudra attendra vingt ans avant d'obtenir le statut de centre dramatique national, grâce à Jack Lang, alors ministre de la culture.
80 PIÈCES
Ce centre est inauguré en 1983 et installé là où Sobel a toujours travaillé : aux Grésillons.
En 1986, cette salle est totalement rénovée, après des travaux d'agrandissement et de refonte qui en font un des plus beaux outils de théâtre de la banlieue parisienne, sans que soit perdue la beauté, très berlinoise, d'une architecture 1930.
En quarante-trois ans, Bernard Sobel aura mis en scène environ 80 pièces, sans quitter "son" théâtre, et en oeuvrant dans son domaine d'excellence, le répertoire russe et allemand, avec Ostrovski, Vichnevski, Alexandre Koplov, Mikhaïl Volokhov, Nikolaï Erdman, Heiner Müller, Kleist, Schiller, Lessing, Lenz, Heinrich Mann, Grabbe... sans oublier Brecht, bien sûr.
Mais, à côté de ces auteurs souvent peu connus (en tous cas au moment de leur création), Bernard Sobel a interrogé les "grands anciens" (Euripide en premier), les "classiques" (Molière, à plusieurs reprises), et les "inclassables" d'hier (Marlowe) et d'aujourd'hui (Sarah Kane). Un parcours essentiel : c'est tout Sobel.
Don, mécènes et adorateurs, d'Alexandre Ostrovski. Mise en scène : Bernard Sobel. Théâtre de Gennevilliers, 41, avenue des Grésillons, Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Métro : Gabriel-Péri. Tél. : 01-41-42-26-26.
Brigitte Salino
Article paru dans l'édition du 10.01.06, www.lemonde.fr