James Brown, le "roi" de la soul et du funk est mor
Pas de Funky Christmas, titre d'un album regroupant des chansons de Noël enregistrées dans les années 1960, pour James Brown en cette fin d'année 2006. Le chanteur américain est mort, victime d'une insuffisance cardiaque congestive, aux premières heures du lundi 25 décembre, à l'Emory Crawford Long Hospital d'Atlanta (Georgie), où il avait été admis pour une pneumonie dimanche 24. Il était âgé de 73 ans.
James Brown, qui s'était notamment autoproclamé Mr Dynamite, parrain de la soul (titre de son autobiographie) ou ministre du Super Heavy Funk, serait né le 3 mai 1933 à Barnwell, en Caroline du Sud, mais probablement quelques années plus tôt. Pauvre et noir dans une commune rurale du Sud des Etats-Unis, il est pris en charge, à l'âge de 6 ans, par sa tante Minnie. Elle le pousse à apprendre la musique. Orgue, guitare, batterie et la voix qui se forme autant à l'église qu'à l'écoute des succès populaires diffusés à la radio.
A l'âge de 12 ou 13 ans, James Brown fait déjà partie d'un groupe musical. Il a abandonné l'école et commet de petits larcins. Début 1949, arrêté à la suite d'un vol, il est condamné à une peine de huit à seize ans de prison. Libéré sur parole en 1952, il est recueilli par la famille d'un copain, Bobby Bird, qui va le convaincre, en 1953, de se joindre à son groupe de rhythm'n'blues. Un pied dans le gospel, un autre dans le blues et des fourmis dans les jambes, cette musique noire est faite par des Noirs pour des Noirs. Le terme rhythm'n'blues est une manière de ne pas dire race music, terme employé par les Blancs dans les années 1940.
De concerts amateurs en engagements miteux, Brown commence à trouver sa personnalité vocale et à prendre conscience de son potentiel scénique. Sur tempo rapide, il bouge beaucoup, lance des cris rauques; sur tempo lent, il se calme à peine. Brown, c'est l'union d'un prédicateur halluciné et d'un chat sauvage. En janvier 1956, Syd Nathan, patron de King Records, spécialisé dans le rhythm'n'blues, signe avec James Brown et les Famous Flames – Byrd, bon camarade, a laissé Brown prendre le pouvoir.
En mars 1956 paraît leur premier enregistrement. Ce sera Please Please Please. La chanson passe à la radio, grimpe dans les classements de ventes de disques. Il faudra toutefois à James Brown attendre septembre 1958 et Try Me, pour renouer avec ce premier succès. Puis les tubes se suivent, compositions originales ou reprises qui prennent instantanément la touche James Brown : Think, Bewildered, I Don't Mind, Mashed Potatoes, Shout, Night Train… Brown et les Famous Flames jouent partout et enregistrent beaucoup. La machine James Brown prend sa pleine allure pour les quinze ans à venir. Chez King, on concocte à la va-vite des albums conçus autour du dernier succès en date.
Bête de scène En mai 1963 paraît un album enregistré en public, à l'Apollo Theater de Harlem, à New York, le 24 octobre 1962. C'est ce qui permet de revivre – sans le voir – le show James Brown. Intensité de l'interprétation, accompagnement musical puissant, au déroulé millimétré et Brown, au centre, qui d'un geste, d'un cri mène l'orchestre, implore, trépigne, met tout son corps en mouvement. Le public ne regarde que lui. Ne vient que pour lui. Brown, bête de scène, travaille avec acharnement pour donner un spectacle parfait. Un pli de pantalon douteux, des chaussures mal cirées et c'est une amende, prise sur des cachets déjà peu généreux. Une reprise de cuivres en retard d'un dixième de secondes et Brown montre du doigt le coupable. Amendes encore.
En cinquante ans de carrière, James Brown va s'attribuer toutes les évolutions des musiques populaires afro-américaines, parfois à raison. Il "oublie" régulièrement certaines collaborations de ses musiciens dans la composition de tubes. Mais tout musicien qui rejoint les Famous Flames, puis le James Brown Band ou les JB's, sait qu'il progressera à son contact. Et tous, même ceux qui le quitteront fâchés, l'appellent d'un respectueux "Mister Brown".
D'autres titres de gloire s'imposent : Prisoner of Love, Out of Sight, Papa's Got A Brand New Bag, qui, début 1965, marque l'ébauche de ce qui deviendra le funk, I Got You (I Feel Good), Ain't That A Groove, It's A Man's Man's Man's World, l'une des chansons les plus poignantes de la soul music, le nom donné depuis le début des années 1960 au rhythm'n'blues. Dans le même temps, Sam Cooke, Otis Redding, Wilson Pickett, les artistes façonnés par les compagnies de disques Tamla Motown, Atlantic ou Stax, le talonnent sérieusement.
A l'été 1967, paraît Cold Sweat. L'acte de création du funk. La rythmique est en avant, l'accentuation marquée sur le premier temps, les syncopes de la guitare prennent le rôle des cuivres. Jusqu'au milieu des années 1970, cette version radicale de la soul music est portée à son plus haut par James Brown, avec notamment Give It Up or Turn It a Loose, I Don't Want Nobody To Give Me Nothing, Funky Drummer, Talkin'Loud And Sayin'Nothing, Super Bad, Soul Power, Hot Pants, Get On The Good Foot, The Payback, Get Up Offa That Thing… Des stars comme Michael Jackson ou Prince y trouveront une part de leur inspiration.
DEUX BOMBES
Au milieu de ces hymnes dansants, il y a deux bombes. Say It Loud, I'm Black And I'm Proud, en août 1968, et Sex Machine, en juillet 1970. Le premier titre est un slogan. Noir et fier de l'être, Brown a pourtant été regardé de travers par les Black Panthers pour son soutien brouillon à certains hommes politiques blancs – dont Richard Nixon. La chanson le rachète. Le second titre est un appel direct au sexe, un rite vaudou inégalé, connu du monde entier.
Mais James Brown va perdre de sa suprématie. La soul, le funk c'est fini, place au disco et ses paillettes, qui unissent Noirs et Blancs au simple motif de la danse. Brown se présente comme The Original Disco Man, mais ne réussit pas ce virage. Son Sex Machine adapté au son de la fin des années 1970 sonne comme un chant du cygne.
Son show ne surprend plus, ses musiciens historiques des années 1960 et 1970 mènent leur propre carrière. Le rap naissant va pourtant se servir de ses rythmiques et de ses mélodies. Le voilà intronisé parrain des nouveaux sons de la rue. Il apparaît dans le film The Blues Brothers, de John Landis, en 1980, et reprend pour un temps un peu de mordant. Même constat, en 1985, après son apparition dans le film Rocky IV, de Sylvester Stallone, où il chante Living In America. Ses concerts de la fin des années 1980, sans retrouver l'éblouissement passé, peuvent encore avoir fière allure.
En décembre 1988, James Brown est condamné à six ans de prison après une succession de comportements dangereusement baroques – échappée folle en voiture, menaces armées sur autrui… – vraisemblablement sous influence du PCP, drogue chimique aux effets hallucinogènes dévastateurs, connue dans la rue sous le nom d'Angel Dust.
Libéré en 1991, il reprend ses tournées, plus tranquillement. Le public le fête, il est devenu une institution. Il y a plusieurs mois, il travaillait à un nouvel enregistrement et devait venir chanter en Europe à l'été 2007.