Investir dans la musique québécoise : deux industries, deux réalités?
Investir dans la musique québécoise : deux industries, deux réalités?
Le 16 mars dernier, L’ADISQ diffusait un communiqué: « Soutenir la musique : un bon investissement pour le Québec », qui demande l’injection d’aides additionnelles dans le secteur de l’enregistrement sonore, dans le programme d’aide à la tournée nationale, à la tournée internationale et à la promotion des spectacles. En résumé, les demandes représentent un investissement public additionnel d’environ 9 millions par année.
L’ADISQ soutient dans son document « L’industrie québécoise de la musique en 2007 : l’urgence d’agir » que les dépenses internes et externes de l’administration publique québécoise (au titre de la culture selon le domaine et la catégorie de dépenses) que la musique est le secteur culturel le moins soutenu par l’État.
Nous saluons l’initiative de l’Association de mettre en lumière un domaine de la culture québécoise qui nous préoccupe grandement et qui est aussi, selon nous, sous financé. Ce que nous déplorons par contre, c’est l’absence de directives à l’égard des jeunes (artistes, artisans et consommateurs) et de la relève industrielle à l’intérieur des propositions. Ceci semble, selon nous, un possible symptôme d’une méconnaissance des milieux émergents et aussi une des causes probables du retard encouru par l’industrie établie à se structurer selon les réalités des marchés numériques et des musiques spécialisées.
L’ADISQ soutient dans son document que son industrie doit se restructurer afin de faire face aux nouveaux défis que représente l’arrivée des nouveaux marchés numériques, ce qui est tout à fait honnête pour une industrie âgée de 30 ans déjà et qui a peine à s’ajuster à ces nouvelles réalités. Mais en 2007, qu’en est-il des jeunes, des nouvelles maisons de disques, des nouveaux producteurs et artistes autoproduits qui sont nés et ont évolué dans cette réalité?
Ces nouveaux producteurs de musiques autrefois « spécialisées » sont aujourd’hui tout autant d’actualité que la distribution numérique l’est en 2007 pour les contenus musicaux. Dans la majorité, il s’agit d’artistes en plein contrôle de leurs produits, conscients des enjeux que comporte le marché du numérique et qui sont expérimentés dans le domaine de la production et de la diffusion numérique. Avec de nouveaux investissements dans les programmes d’aide, il est primordial, en plus d’encourager le mécénat des grandes entreprises privées, de soutenir le développement de structures propres à une génération de créateurs et d’organisateurs. Par exemple, des coûts raisonnables d’accréditation lors de rassemblements industriels ou des ententes avec des réseaux et rassemblements culturels locaux, représentatifs de la nouvelle génération pourraient être mis de l’avant.
Deux mondes ?
L’ADISQ, dans son document, estime qu’un nouvel album peut coûter entre 80 000$ et 150 000$ en production, et tout autant en mise en marché. Nous estimons qu’il s’agit probablement de données provenant uniquement des membres de l’Association car depuis les trois dernières années, notre réseau a assisté à plus de 150 parutions annuellement, dont les coûts de production tournent plutôt en moyenne entre 10 000$ et 20 000$... et encore moins pour la mise en marché. Vraisemblablement, ces albums ne font pas partie du rapport rendu par l’Association. Ils ne sont d’ailleurs pas ou peu répertoriés en incluant ce type de données.
Quelques chiffres :
Chez la SODEC, l’attribution du programme d’aide au secteur para-industriel pour 2004-2005 représentait 284 500$. Selon la liste des organismes, entreprises ou des professionnels qui ont reçu du soutien financier de la Société (rapport annuel 2004-2005), l’ADISQ, en tant qu’association, semble recevoir pour cet exercice près de 400 000$ d’aide sous forme de subvention pour ses activités, soit près de 100 000$ de plus que ce que constitue l’aide totale attribuée au secteur para-industriel pour le même exercice. En 2004-2005, l’ADISQ (association de 250 membres) recevait donc 69% (252 500$) du programme d’aide aux associations et aux regroupements nationaux (338 000$ l’année suivante). La SOPREF, une association formée principalement d’artistes et d’entreprises du milieu musical émergent (400 membres) recevait cette même année seulement 7% du programme, soit 25 000$. En comparaison et à titre d’exemple de subvention directe accordée à des entreprises, le groupe Spectra bénéficie de près de 300 000$ pour la production de certaines de ses activités (SODEC 2004-2005, disque et spectacle de variété). Nous ne reprochons pas à la SODEC ces attributions car il s’agit du respect des demandes et des programmes en place. Nous suggérons plutôt d’assouplir certains critères en fonction des besoins des projets en démarrage et d’attribuer une plus grande place aux nouvelles initiatives collectives.
Notre organisation produit annuellement l’événement « Salon de la Musique Indépendante de Montréal » (SMIM), un salon d’échanges et d’occasions d’affaires dédié à la jeune industrie musicale québécoise. Plus d’une centaine d’entreprises et artistes y ont participé depuis les trois dernières années. Sans aucune aide financière de la SODEC, l’organisation puise ses ressources physiques et financières à même les participants et les partenaires locaux et privés. Pour sa deuxième année en tant que SMIM, le Salon sollicite les programmes d’aide gouvernementaux de la SODEC et de Musicaction pour un total d’environ 20 000$ (20% des coûts de production) afin de structurer et de promouvoir l’événement à l’échelle nationale et internationale et de multiplier les outils de promotion mis à la disposition de ses participants.
La SODEC ayant attribué pour l’exercice 2005-2006 un peu plus de 7M$ en aide globale au secteur du disque et spectacle de variété (dont 335 800$ en aide directe au programme para-industriel) n’a malheureusement pas pu répondre à la demande d’aide sollicitée par notre organisation. Notre réseau représente plus d’une centaine d’intervenants et d’artistes actifs au développement de la nouvelle industrie musicale québécoise, dont la très grande majorité n’obtient aucun financement de la Société. Nous souhaitons donc pour 2007 que les programmes d’aide publics contribuent davantage au soutien de l’enregistrement sonore et à la production de spectacles, mais aussi à des rassemblements, au réseautage et à la promotion des idées, de l’expertise québécoise à développer des stratégies en matière de développement économique culturel et sur l’approche des nouveaux marchés numériques.
Mais ceci doit se faire avec une grande considération des jeunes artistes et artisans qui oeuvrent déjà dans le domaine du numérique depuis leurs débuts et non uniquement afin de restructurer une industrie établie, vieillissante devant ces nouvelles réalités. Le « para-industriel » d’aujourd’hui, c’est « l’industriel » de demain. En plus d’investir dans ses jeunes créateurs, le Québec doit écouter leurs préoccupations, tous autant qu’ils soient, qu’ils fassent de la musique « populaire » ou non.
Suite à une relecture des principales politiques en matière de développement culturel et suivant les recommandations du milieu et de notre réseau concerté, nous souhaitons souligner notre intérêt pour le renforcement et la distinction du Québec en matière de diversité culturelle. Cet effort passe donc inévitablement par des rassemblements tels les Salons de la Musique Indépendante de Montréal et de Québec qui dirigent leurs actions dans le même sens que l’objectif évoqué dans la publication du dernier budget du gouvernement du Québec : « Renforcer le rayonnement culturel de Québec en tant que capitale nationale et de Montréal comme pôle de rayonnement de la culture québécoise. »
Un rappel de notre mission :
- Stimuler le marché québécois des musiques alternatives et spécialisées par le biais d’événements rassembleurs.
- Offrir une vitrine internationale aux artistes et aux entreprises indépendantes d’ici.
- Stimuler la coopération nationale et internationale entre les acteurs du secteur indépendant.
- Développer des stratégies communes afin d'offrir une plus grande visibilité aux activités commerciales des entreprises et organismes culturels.
Salon de la Musique Indépendante de Québec (SMIQ) : du 26 au 28 avril 2007
Salon de la Musique Indépendante de Montréal (SMIM) : du 14 au 16 septembre 2007
Gala de l’Alternative Musicale Indépendante du Québec (GAMIQ) : le 16 septembre 2007
Signifiez vos appuis sur info@rocq.org
-30-
Sources :
- Rapports annuels de gestion 2004-2005, 2005-2006, Société de développement des entreprises culturelles,
http://www.sodec.gouv.qc.ca/documents/rapports_annuels/rapport_04_05.pdf
http://www.sodec.gouv.qc.ca/documents/rapports_annuels/rapport_05_06.pdf
- Document « Investir les nouveaux marchés. Investir la scène. L’industrie québécoise de la musique en 2007 : l’urgence d’agir » ADISQ, http://www.adisq.com/doc/press-communiques-77.html