Hugo Lapointe propose sa Trentaine
Avec Célibataire, Hugo Lapointe prolongeait l’adolescence pour d’évidentes causes… génétiques. Festif, jouissif, latin et indolent, le plus crédible des ados qui, on l’avouera, n’était déjà plus célibataire, offre aujourd’hui un album d’une profondeur inouïe, tout en nuances, et qui révèle tant les joies, les peines, les craintes et les fuites d’un homme qui, le jour même de la parution de son album La Trentaine, franchit en effet le cap des 30 ans.
Montréal, le 13 février 2007 – On y avait crû et c’allait être éternel : la fête, les brasseries et les chansons tous ensemble la bière à la main, la poétique liberté… et dès que la fille est trop belle la voilà inaccessible. Il y avait crû aussi à ce portrait d’une jeunesse plus insouciante que rebelle, avec et malgré un premier album sous la lumière et à l’ombre de ceux du grand frère. Mais ça n’a pas duré, et cédé le pas à plus, à mieux, à Hugo Lapointe, homme, père et fier, avec La Trentaine.
Vous ne le verrez pas s’en plaindre. Cet artiste, auteur, compositeur et interprète, sans autre ambition que le petit bonheur de la petite tournée y aura ajouté, 20 000 albums et 100 spectacles plus tard, le grand bonheur de la paternité. Une plume touchante et directe, le plaisir d’être vraiment écouté, la responsabilité des attentes légitimes d’un public fidèle, la profondeur qui s’accroche à une certaine insouciance, c’est à cœur ouvert qu’Hugo Lapointe a écrit et chanté cet album.
N’allez pas croire qu’il n’est que morale et rigueur, ce nouveau Hugo. Ho non! Il est autant sinon plus festif que le précédent, cet album. Lapointe y relate avec humilité et humour les anecdotes d’une tournée pas méga star du tout, y chante une ode à… sa chatte, y fantasme toujours sur les demoiselles du quartier, et offre au public qui l’aura apprécié au cours des dernières années sa version très diffusée de 23 décembre de Beau Dommage. Hugo Lapointe fouille aussi le répertoire pour offrir une relecture du Frigidaire de Tex Lecor, très personnelle.
Mais là où vous n’attendiez pas Hugo Lapointe, c’est dans de très troublantes chansons comme Tant que tu m’aimes sur l’inquiétant et intense bonheur d’être père, et déjà adoptée par les radios, mais aussi Deux jours et demi, une allégorie sur la peur et la douleur de se voir, un jour peut-être, enlever son petit soleil, à la fois si nouveau et si captivant.
Enfin, dans le registre de la sagesse, 208, rue St-Amant, portrait du ras-le-bol d’un homme qui ne cherche plus. Il attend, suffisant. Et cet autre qui réalise que ses promesses répétées d’arrêter de boire lundi se transforment en semaines des 7 samedis, une chanson où le rythme et l’humour le disputent au malaise lucide et coupable.
Alain Leblanc a réalisé pour Hugo Lapointe un album qui met en relief, qui respecte et qui a suscité dès la création la maturité désinvolte ou troublée du jeune homme d’aujourd’hui. La Trentaine d’Hugo Lapointe, c’est la chambre à coucher à l’envers dont on ne veut rien ranger parce qu’on s’y love, on y est bien, on y a ri et on s’y complaît. Alain Leblanc a réalisé avec un extraordinaire talent un album qui est 45 minutes de grasse matinée, de pur bonheur lascif, de petit bonheur… pas si tranquille.